Colonne cervicale. Comment l’examiner ?

Préalable.
Je rappelle ici que la révolution opérée par le docteur James Cyriax a jeté les bases d’une branche de la médecine (malheureusement peu ou pas développée en francophonie) : La Médecine Orthopédique. Par contre, elle est banale en Scandinavie.

La Médecine Orthopédique s’intéresse aux douleurs musculo-squelettiques qui ne seront -a priori- pas aidées par la Chirurgie Orthopédique.

Lorsqu’un patient consulte en Médecine Orthopédique, il souffre. Plus ou moins fort, mais il souffre.
Et tout l’art du praticien consiste à prendre en compte cette souffrance tout en gardant son sang-froid afin de mener à bien, consciencieusement, une démarche précise qui l’amènera à avancer une hypothèse.
Cette hypothèse devra pouvoir s’exprimer en termes simples, précis et anatomiques. Et être testée le plus vite possible par : infiltrations, tractions, Massage Transversal Profond, étirements…

Le docteur James Cyriax aimait à rappeler qu’il fallait chercher et trouver le mm3 de tissu lésé.
Il voulait passer d’un diagnostic vague (cervicalgies [douleurs aux cervicales]) à un diagnostic précis (« slipped disc » de protrusion dure postéro-latérale à gauche, par exemple).

Slipped disc

A priori le praticien doit toujours mettre de côté les explications psychologiques et toute interprétation facile (le temps, les rhumatismes…).

Une consultation commence (sans que le patient s’en rende compte) dans la salle d’attente : position du patient, démarche, mimiques…
Vient ensuite le temps de l’écoute de l’histoire du patient : l’anamnèse.

  • L’âge du patient est essentiel (un jeune de 14 ans ne peut pas souffrir de douleurs cervicales dues à l’arthrose)
  • Ensuite il faut écouter le patient en lui demandant de raconter son histoire, en négligeant les termes anatomiques et les explications communes (arthrose) ou les explications qui seraient issues des examens techniques réalisés auparavant.
  • « Où avez-vous mal ? Depuis combien de temps ? Comment cela a-t-il commencé ? Qu’est-ce qui vous empire ? Qu’est-ce qui vous soulage ? Avez-vous mal la nuit ? Les douleurs irradient-elles (si oui : jusqu’où ?) ? Avez-vous été opéré ? Reconnaissez-vous cette douleur ? Certains médicaments vous aident-ils ? La douleur se déplace-t-elle ? Pouvez-vous toucher la douleur ? Souffrez-vous de paresthésies, de perte de force… ? etc. »

Cette anamnèse permet parfois d’obtenir suffisamment d’informations pour penser à un diagnostic précis.
Elle peut aussi permettre au praticien de se faire une idée de ce que « cela » ne pourrait pas être (un jeune patient « cervicalgique » qui ne sait plus bouger le cou, qui ne bouge que les yeux pourrait souffrir de méningite).

Après l’anamnèse vient :

L’examen clinique standardisé :
Un examen clinique correct a pour objectif d’interroger de façon sélective chaque tissu pouvant être responsable des douleurs.

Cette interrogation systématique de tous les tissus permet de se faire une bonne idée du « coupable ». Remarque : tous les tests sont importants puisque, par exemple, les tests neurologiques, non seulement permettent de penser qu’un nerf souffre, mais une souffrance neurologique peut obliger le praticien manuel à s’abstenir de tout traitement jusqu’à ce que des examens complémentaires aient été pratiqués.

Le praticien doit aussi être capable, à l’issue de l’examen, de déterminer s’il y a une image mécanique. En effet, quand il n’y en a pas, la cause de la douleur n’est pas à chercher au niveau mécanique… il pourrait s’agir d’une maladie générale (ex. : métastases de cancer de prostate au niveau osseux)… et le praticien manuel doit en référer au médecin !

Qu’est-ce qu’une image mécanique ?
Il s’agit d’un ensemble d’éléments (reproductibles) qui permettent de penser qu’une structure anatomique du système musculo-squelettique est en cause.
Image mécanique : patient de 35 ans. Lors des tests actifs et passifs (extension, flexion, les deux rotations et les deux flexions latérales) on retrouve la même image :

Cette image fait penser à un trouble discal (protrusion postéro-latérale droite [« slipped disc »]) et cette impression est renforcée par les plaintes du patient.
Et ce patient pourrait décrire des douleurs dans ces territoires :

accompagnées de douleurs et de contractures plus locales

Mais, comme je l’explique dans nombreux posts, les muscles (en particulier le muscle trapèze) ne souffrent d’aucune pathologie. Il s’agit de douleurs projetées.
Masser, chauffer, étirer ces muscles ne sert donc à rien car ils ne sont que des témoins (des victimes).

On doit souligner ici qu’il faut se méfier des examens techniques (RX, Scan, IRM, échographie…) En effet, non seulement ils ne sont pas toujours nécessaires (comme dans l’exemple ci-dessus), mais en plus ils peuvent induire en erreur. En effet, une déviation par rapport à la normale ne constitue pas nécessairement une pathologie et certaines pathologies peuvent ne pas se voir aux examens techniques. De plus, ces examens dépendent beaucoup de la qualité de l’opérateur qui réalisera le protocole et de l’hypothèse préalable du prescripteur (on ne trouve que ce qu’on cherche, et on ne cherche que ce qu’on connaît). Cet élément devrait toujours rester à l’esprit, d’autant que -de plus en plus souvent- les patients confondent le protocole d’un examen technique (une échographie, par exemple) avec un diagnostic… Ceci est une grande erreur et l’une des causes de l’errance de nombreux « douloureux ».

Base du traitement :

Mais le disque de postérieur peut glisser un peu plus sur le côté…

Alors le territoire douloureux change :

Et le traitement doit s’adapter (trop difficile à expliquer ici). Il s’agit d’une radiculalgie C7 sur une protrusion postéro-latérale droite. Quel traitement ? Si pas de trouble neurologique (sensitif, moteur, réflexe) : peut-on pratiquer les techniques manuelles pour recentrer le disque ? Faut-il pratiquer une péridurale cervicale ?

Questionnement plus important encore si le disque glisse encore plus sur le côté. Le patient pourrait se plaindre uniquement dans le territoire du nerf C7 (en bleu ci-dessus) -et se plaindre très peu dans zones rouges- et il est possible que, si les les antiinflammatoires par voie orale n’aident pas assez, le seul traitement pourrait être la péridurale cervicale.

Autre image mécanique : schéma articulaire complet (patient de 75 ans)


Il s’agit d’une arthrose importante
Si ce patient souffre d’une atteinte d’un nerf (radiculalgie), voir à la radio les trous de conjugaison (incidence de 3/4)

Traitement :
Massage Transversal Profond (des capsules articulaires)

+ Étirements capsulaires

+ conseils vie quotidienne + incitation à redresser la colonne dorsale + renforcement naturel des muscles trapèze

Notez enfin que l’importance de la douleur projetée est un bon indicateur de l’évolution d’un traitement (même si la douleur est aussi intense).
Plus la douleur s’étend loin de la colonne, plus la cause de la douleur est enflammée.

Ensuite : même si la douleur est aussi intense, on sait que la cause de la douleur est trouvée et améliorée si…

Cette personne va mieux. Elle doit le savoir pour persévérer dans le traitement et l’auto-traitement.

Vous pouvez m’interpeler, j’essaierai de vous répondre.

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