Entorses cervicale : peuvent-elles être bénignes ?

Beaucoup plus fréquentes qu’on ne le croit, on les appelle « entorses bénignes », mais vous comprendrez qu’elles sont souvent graves dans leurs conséquences, surtout à long terme.
Car si ces entorses ne mettent pas la vie en danger, elles ne sont pas pour autant réellement bénignes puisqu’elles peuvent provoquer, en plus de la douleur, beaucoup de symptômes (céphalées occipitales, vertiges, acouphènes, troubles visuels, troubles mnésiques entrant parfois dans le cadre d’un véritable syndrome dépressif) et accélérer le vieillissement naturel de la colonne en la redressant précocement.

Les entorses résultent d’un traumatisme craniocervical en flexion, en extension ou bien encore en extension puis flexion (« whiplash injury » des Anglo-saxons). La sévérité des lésions ligamentaires permet de faire la distinction entre les entorses bénignes et les entorses graves. Les entorses bénignes sont dues à une distension ou à une discrète déchirure ligamentaire qui n’entraîne pas de déstabilisation de l’étage intervertébral atteint.

Mécanisme
Le mécanisme le plus fréquent est le traumatisme en extension-flexion survenant chez un automobiliste ceinturé. En matière de conduite automobile, la présence obligatoire d’appuie-tête dans les véhicules aux USA depuis 1968 a fait baisser de 18 p. 100 le nombre de traumatismes rachidiens (O’Neill et coll.), sans toutefois empêcher les entorses bénignes. En effet, il existe toujours une distance entre la tête du sujet traumatisé et l’appuie-tête qui permet une extension lors d’un choc arrière. L’effet rebond propulse ensuite la tête vers l’avant créant ainsi le traumatisme en flexion. Pour Bourbeau et coll., le risque de souffrir d’une entorse du rachis cervical est plus important chez les sujets ceinturés que chez les sujets non ceinturés (risque relatif ceinturé/non ceinturé de 1,58). Les lésions les plus graves sont en revanche plus fréquentes chez les sujets non ceinturés. Les auteurs préconisent la présence des coussins gonflables de protection en plus de la ceinture de sécurité.

Par ailleurs, les entorses bénignes peuvent aussi survenir dans d’autres circonstances telles que des accidents sportifs ou domestiques (chute de sa hauteur ou chute dans un escalier).

Diagnostic
– L’anamnèse affirme le traumatisme rachidien par l’interrogatoire et la présence de cervicalgies.
– L’examen clinique et la palpation confirment.
– L’examen radiographique du rachis permet d’éliminer une fracture ou une luxation.
Le protocole d’une consultation bien menée doit, donc, être respectée à lettre… Il en va de l’avenir (sur le long terme) du confort du patient.

Une entorse grave ne peut toutefois pas être éliminée à la vue de clichés normaux, car elle peut apparaître à distance du traumatisme une fois les phénomènes douloureux disparus. Une raideur rachidienne ou une inversion de courbure peuvent être observées en cas de simples douleurs. Il faut s’attacher à rechercher des signes d’entorse grave : hématome des parties molles pré-rachidiennes, cyphose discale, antélysthésis, bâillement articulaire et augmentation de l’écart interépineux. Une fracture tassement somatique ou une fracture d’épineuse sont des éléments d’orientation. Au moindre doute, l’examen radiographique du rachis cervical de profil doit être répété à distance du traumatisme avec des clichés dynamiques en flexion rachidienne maximale.

Traitement
Le traitement classique associe une immobilisation par un collier souple et des antalgiques jusqu’à sédation des douleurs. Un arrêt de travail est souvent associé. La plupart des traitements n’ont jamais été évalués de manière scientifique. L’étude de Spitzer et coll. met en évidence le grand nombre d’entorses bénignes survenues chaque année au Québec (70 nouveaux cas lors d’accidents routiers déclarés pour 100 000 habitants). Pour ces auteurs un effort doit être réalisé pour améliorer la prise en charge de cette pathologie, car on sait qu’elle peut évoluer vers un état douloureux chronique durant plusieurs mois voire plusieurs années. Le port, à long terme, d’un collier doit être évité. L’emploi de drogues antalgiques ne doit pas dépasser quelques jours. Enfin, une reprise précoce des activités physiques et professionnelles doit être conseillée.

De plus, tous les conseils prodigués dans « cervicalgies » doivent être intégrés et le thérapeute doit appliquer la bonne technique à chaque « lésion » rencontrée (se méfier des techniques ostéopathiques qui ne sont pas assez sécurisées et qui peuvent accentuer l’instabilité).

Évolution = Très important à savoir !
Elle peut être longue et marquée par la persistance des cervicalgies postérieures accompagnées d’un cortège de signes déjà décrits au début du siècle par Barré et Liéou. Il s’agit de céphalées occipitales, de vertiges, d’acouphènes, de troubles visuels, de troubles mnésiques entrant parfois dans le cadre d’un véritable syndrome dépressif. La physiopathologie de ces troubles décrits à la suite d’entorses bénignes met en jeu diverses lésions non visibles radiologiquement. Ce sont des déchirures musculaires des longs du cou (muscles profonds qu’on ne sent pas), des lésions de la chaîne sympathique antérieure, des déchirures capsulaires, des hémorragies articulaires, voire de véritables fractures articulaires dont le diagnostic n’est pas réalisable sur des clichés standard de rachis cervical.

EXPÉRIENCE SCIENTIFIQUE ESSENTIELLE :
Jønsson et coll. ont étudié, par examen radiologique conventionnel complet couplé à un scanner, l’état du rachis cervical de 22 accidentés de la route décédés d’un traumatisme crânien sévère.
Ils ont comparé leurs résultats aux pièces anatomiques de rachis cervicaux prélevés chez ces mêmes accidentés.
Au niveau du rachis cervical inférieur, 198 lésions n’avaient pas été diagnostiquées dont 77 fractures articulaires parcellaires, 77 lésions unco-vertébrales et 22 lésions discales. On peut aisément concevoir que de telles lésions passées inaperçues peuvent être à l’origine de douleurs persistantes. Une discopathie post-traumatique peut aussi être à l’origine de douleurs résiduelles. Selon Hohl, on peut l’observer avec une fréquence de 40 p. 100 après un traumatisme rachidien d’allure banale. Il faut bien sûr éliminer en cas de troubles persistants une entorse grave dont le diagnostic tardif est possible.
(PR Saillant, Pitié-Salpêtrière. Paris)

Alors, « entorses bénignes » ? Non : elles sont toutes potentiellement graves et trop souvent négligées.

Dernière petite chose… Souvenez-vous des conséquences des entorses « bénignes » cervicale !!!

Que ce soit à cause d’un traumatisme grave identifié ou de micro-traumatismes
(position assise prolongé, roulades ratées, petites chutes à vélo)…
la colonne cervicale évoluera toujours vers la rectitude !!!
Et maintenant que vous savez cela, que pensez-vous de ces exercices d’auto-grandissement ?

Vous pouvez m’interpeller, j’essaierai de répondre !

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2 commentaires sur “Entorses cervicale : peuvent-elles être bénignes ?

  1. Marc Giudicelli de Mercury dit :

    Bonjour,
    J’ai 53 ans et je fais un travail sedentaire. Je pratique du sport plusieurs fois par semaine. Enfin rien depuis une année car je souffre d’une épicondylite du coude droit.
    Douleur qui surviens lorsque je ferme le point et allonge le bras. Le vtt est le cas typique de reveil de cette douleur ou prendre une bouteille d’eau bras tendu.
    Après de multipes examen (irm, radio) a la recherche d’une cause : rien.
    La liste des traitements est longues. De l’injection prp a l’osteo la liste est longue. Rien a faire.
    Bizarrement lorsque je plis le bras a 90 degre plus de douleur.
    En plus de cette douleur je souffre d’acouphene important et de ‘presence’ dans le cou a droite ėgalement. Pas une douleur, une presence comme si quelqu’un appuie sur le cou avec deux doigts. Il y a deux ans j’ai eu une entorse cervicale. Il me semble que tout dois etre en lien ?
    Merci

    • Bonsoir,

      Il faut toujours se méfier des liens évidents. Séparer les choses est souvent utile.
      Je vous propose donc de lire le post sur les épicondylites afin de savoir si vous avez été bien pris en charge, que vous avez compris les facteurs aggravants et que vous faites bien les exercices nécessaires.
      Examen de choix = échographie.

      Au niveau cervical, je vous conseille de fouiller les posts concernant les cervicalgies afin, au moins, de comprendre ce qui pourrait vous empirer alors que vous pensez vous soulager voire vous soigner. Il faudrait aussi trouver un praticien rompu à la prise en charge des « entorses bénignes » (travail difficile et exigeant).

      Cordialement,

      Yves

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