Le corps et l’esprit. L’approche globale !

Lu récemment. Une « thérapeute » se présente :
« Persuadée du lien étroit entre le corps et l’esprit, j’ai décidé d’aborder mes patients de façon globale, holistique en tenant compte de toutes les composantes de la personne. Le massage est l’un des outils que j’utilise. Ces massages sont réalisés au moyen d’huiles essentielles quantiques (à haut pouvoir vibratoire) et ont pour objectif de rééquilibrer le corps et l’esprit. »

Cette personne est certainement bien intentionnée et motivée… cependant, les mots qu’elle utilise trahissent à la fois son ignorance du passé et des dernières découvertes scientifiques à propos de l’homme.

-Le lien étroit entre le corps et l’esprit
Il s’agit de la même idée que la « psychomotricité »… Et de la même erreur. En effet, depuis les travaux (entre autres) d’Antonio Damasio – « L’erreur de Descartes » -repris admirablement par Jean Claude Ameisen dans ses livres et ses émissions remarquables sur France Inter depuis 2010, on peut dire qu’il n’y a pas le corps et l’esprit et que de tenter de les harmoniser relève d’un fantasme. En effet le corps est l’esprit autant que l’esprit est le corps.

-Aborder mes patients de façon globale, holistique en tenant compte de toutes les composantes de la personne.
Holistique est un adjectif provenant de l’holisme qui est une théorie selon laquelle l’homme forme un tout indivisible. Par extension, philosophie – Tout système philosophique d’explication globale.
Cette thérapeute veut bien faire et trahit ce qui la traverse sans qu’elle en connaisse vraiment les origines et les implications. En effet, elle est tellement surprise de la découverte qu’elle a faite pour elle-même qu’elle s’exprime de manière tautologique. Aborder mes patients de façon holistique = tenir compte de toutes les composantes de la personne.

Les Grecs anciens pensaient qu’en comprenant chaque partie d’un tout ils comprendraient le tout, mais depuis les avancées de la cybernétique, la connaissance de l’homme, du monde (etc.) s’est avérée « complexe ».
En effet : chaque partie du tout (même connue) interagit sur le tout le plus souvent de façon imprévisible et le transforme en une réalité nouvelle dépendant fondamentalement des relations entre les différentes parties (les différents ingrédients). Exemple : il faut peu d’ingrédients pour réaliser une mayonnaise et ce qui la caractérise consiste autant dans l’utilisation de quelques ingrédients que les relations que ces ingrédients vont établir entre eux. De plus, lorsque la mayonnaise a « pris », il est impossible de retrouver le jaune d’œuf, les 25 cl d’huile, la cuillère à café de moutarde, le trait de vinaigre, le sel et le poivre. La cybernétique est une science des systèmes autorégulés, qui ne s’intéressent pas tant aux composantes qu’à leurs interactions, et où est pris en compte avant tout leur comportement global.

Cette thérapeute désire donc aborder ses patients de façon globale. Mais elle ne sait sans doute pas d’où lui vient son désir. Elle est certainement influencée par l’air du temps (la cybernétique, l’équipe de Palo Alto, la systémique) et par une certaine « écologie » qui revendique « de penser globalement et d’agir localement » (Mouvement ATTAC) en toute inconscience des précurseurs (Jacques Ellul, Bernard Charbonneau).
Jacques Ellul fut l’inventeur en 1936 de cette idée : « Penser globalement, agir localement »

Une « approche globale » plaît à cette thérapeute autant qu’elle séduit l’époque et les « souffrants » qui se sentent « découpés » (à juste titre, mais c’est un autre débat) par la Médecine moderne.

Enthousiaste, altruiste, certainement, elle laisse cependant suffisamment de traces de ses taches aveugles psychologiques et intellectuelles pour nous inquiéter. En effet, on ressent clairement en lisant la façon dont elle se présente que ses désirs (objectifs) sont complètement hors de portée de tout humain : rééquilibrer le corps et l’esprit. De plus, ce désir de rééquilibrer est incompatible avec la pensée globale qu’elle met en avant et qui renvoie à la cybernétique qui a démontré la grande imprévisibilité des moyens utilisés par les systèmes pour s’auto-réguler.

Sans le savoir, cette personne trahit son désir de toute-puissance et l’illustre par les moyens qu’elle dit utiliser : les huiles essentielles quantiques.

-Les huiles essentielles : Une huile essentielle est un liquide concentré en substances végétales, obtenu par extraction ou distillation de molécules volatiles de la plante d’origine. On retrouve majoritairement des terpénoïdes et des molécules aromatiques. Les huiles essentielles issues de différentes plantes possèdent donc des propriétés différentes, dépendantes de la composition d’origine.

Problème : pour que la peau absorbe une substance, il faut qu’elle soit liposoluble. C’est toute la problématique des cosmétiques et des patchs… Qu’est-ce qui rentre vraiment au-delà de la couche (morte) très superficielle de la peau ? Quel pourrait donc être l’effet systémique de ces quantités infimes (si quantité il y a) ?

Les huiles essentielles sont utilisées par certains en aromathérapie, par voie buccale, respiratoire ou cutanée pour le traitement d’un grand nombre de pathologies. L’aromathérapie est classée parmi les médecines douces, mais son efficacité comme son innocuité sont mises en doute, car les molécules contenues dans les huiles essentielles sont nombreuses, et leurs compositions ne sont donc pas maîtrisées. Elles sont d’ailleurs non recommandées pour les enfants en bas âge.

-Quantiques : voir article sur Cortecs
Dans le champ des thérapies, voici les notions centrales développées par D. Chopra, le plus célèbre des défenseurs de la médecine quantique.
Ces notions sont sensiblement les mêmes chez tous les « thérapeutes quantiques ».

1. La physique quantique permet d’expliquer une « communication intercellulaire ».
2. La dualité onde-particule de la MQ est une analogie de la dualité en soi, entre le corps et l’esprit. Si l’on prend en compte cette dualité, on peut réveiller des énergies nouvelles, fortement curatives.
3. Le principe d’incertitude d’Heisenberg, grand pilier de la MQ montre que la science n’est pas suffisante pour tout connaître, et qu’il faut trouver un paradigme complémentaire. Chopra propose en l’occurrence l’Ayurveda, qui est une combinaison religieuse de textes sacrés qui édictent des principes (comme les cinq éléments ou les trois doshas) pour atteindre un bien-être durable.
4. L’observateur a un rôle dans le monde quantique, donc l’observateur peut influer sur la matière, donc la conscience peut influer sur la matière, donc l’observateur peut décider sa guérison.
« Dualité », « incertitude », « inter-cellularité » et « observateur qui peut influer sur la matière » : quatre images très courantes, souvent répétées, et couramment reprises. Quatre images qui se marient très facilement avec d’autres pseudo-médecines : exemple pris chez Jean-Louis Garillon, « docteur » en naturopathie. On apprend qu’en vertu de la MQ, matière et onde sont une seule et même chose, et qu’un organe sain émet une vibration précise que la fatigue, le stress ou la maladie viennent dérégler. Or, grâce à la MQ, chaque cellule contient l’information de tout l’organisme. Par conséquent, il suffit d’agir par résonance sur l’organe, grâce à l’aromathérapie, pour redonner la bonne fréquence, réparer les données altérées et ré-harmoniser tout l’organisme.
C’est beau comme du Prévert, et c’est raconté en vidéo sur Internet. Mais est-ce vrai ?

Les jeunes chercheurs de Cortecs s’interrogent : la faute à qui ? Qui incriminer ? Que faut-il faire pour éviter un tel dévoiement des concepts quantiques à des fins marketing ou idéologiques ?
Au premier degré d’analyse, on tend à penser que les individus non scientifiques ou pas spécialistes sont certainement charmés par les notions séduisantes des thérapeutes quantiques qui, telles des sirènes, les emmèneraient vers leur perdition : la faute reviendrait alors à Deepak Chopra et ses épigones, – dont dire qu’ils en font un commerce serait une litote : car pour Chopra, on devrait parler d’industrie. Le monsieur pèse autour de 15 millions de dollars. Toutefois, si l’on pousse l’analyse à un degré de plus, on se rend vite compte que malgré quelques opportunistes utilisant sciemment le marketing quantique comme d’autres l’ADN végétal, une frange non négligeable de ces thérapeutes est sincère dans sa démarche. De quelle manipulation alors les « quantocs » du quantique seraient-ils donc le jouet ?
J’ai ma petite hypothèse, depuis mes recherches sur les médias. Pour m’en rendre compte, il m’a fallu prendre le problème là où il démarre, avec cette question simple. Quand est-ce que l’homme ou la femme du monde, comme mon oncle par exemple, entend parler de MQ ? La réponse est : soit dans les revues type Sciences & Avenir et Science et Vie en kiosque ; soit lorsque les frères Bogdanoff passent à la télé.
Or, si l’on regarde de près quels types de représentations de la MQ nous donnent les revues de vulgarisation, on retrouve… exactement les mêmes interprétations abusives qu’abordées précédemment.
En clair, thérapeutes comme patients potentiels baignent dans le même flot d’information quantique mysticoïde.

Dans la même veine :
-L’homéopathie : http://www.lazarus-mirages.net/
– L’ostéopathie : « La médecine ostéopathique est une science, un art et une philosophie des soins de santé, étayée par des connaissances scientifiques en évolution. 

Sa philosophie englobe le concept de l’unité de la structure de l’organisme vivant et de ses fonctions. Sa spécificité consiste à utiliser un mode thérapeutique qui vise à ré harmoniser les rapports de mobilité et de fluctuation des structures anatomiques. 

Son art consiste en l’application de ses concepts à la pratique médicale dans toutes ses branches et spécialités. 

Sa science comprend notamment les connaissances comportementales, chimiques, physiques et biologiques relatives au rétablissement et à la préservation de la santé, ainsi qu’à la prévention de la maladie et au soulagement du malade. » Voir ICI
Cependant, aux USA, là où l’ostéopathie s’est intégrée dans le cursus normal de la médecine une étude faite en 1995 sur 1055 ostéopathes montre qu’ils utilisent la thérapie manuelle « seulement de temps en temps » et que « seulement 6,2 % d’entre eux ont employé la manipulation ostéopathique pour la moitié de leurs patients et presque un tiers l’a employé pour moins de 5 %. »
Intégration de l’ostéopathie au cursus médical aux USA : 1963.

En conclusion, je dirais qu’une approche dite « globale » n’est pas un gage de fiabilité.
Le corps et l’esprit ne font qu’un et nous le savons désormais parce que la science médicale a découpé, séparé, disséqué…
Donc, la démarche qui « sépare » a démontré l’unité et c’est un apparent paradoxe qui ne pouvait pas être imaginé avant que la médecine n’utilise la démarche scientifique (les années 30).
Quatre-vingts ans se sont écoulés depuis la révolution qui permit de comprendre, enfin, la physiologie et la pathologie ; de plus, la démarche scientifique (qui sépare, évalue et compte) a rendu complètement obsolètes les explications traditionnelles (psychosomatiques sans le savoir, mystiques, religieuses, causales directes…), car avant le XX° siècle, la médecine avait toujours été « globale » et parlait la langue de Dieu : le latin.
L’homme d’aujourd’hui ( patient ou soignant) est donc confronté à un défi auquel des millénaires de pensée ne l’ont pas préparé, un vrai casse-tête : comment concilier la séparation et la globalité ?
Et les apparences sont souvent trompeuses : pour intégrer, il faut d’abord séparer et la séparation permet d’accéder, ensuite, à mieux penser la globalité.
Comment concilier ? Comment trouver la voie moyenne qui permet d’agir localement tout en pensant globalement ?
C’est un enjeu essentiel en médecine et particulièrement en Médecine Orthopédique Générale. Je tenterai ailleurs de montrer comment j’essaie de « penser globalement pour agir localement » ou comment j’essaie « d’intégrer l’action locale thérapeutique au sein d’une démarche globale que le patient peut s’approprier » !

Je terminerai en rappelant la profession de foi de notre généreuse thérapeute : « Persuadée du lien étroit entre le corps et l’esprit, j’ai décidé d’aborder mes patients de façon globale, holistique en tenant compte de toutes les composantes de la personne. Le massage est l’un des outils que j’utilise. Ces massages sont réalisés au moyen d’huiles essentielles quantiques (à haut pouvoir vibratoire) et ont pour objectif de rééquilibrer le corps et l’esprit. »…
Quelles questions soulève-t-elle sans même s’en rendre compte ?
Si je la rencontrais, je lui demanderais quels sont les moyens locaux qu’elle utilise et comment elle les évalue tout en préservant sa volonté de prendre en considération la personne comme un tout (une globalité) ?

😉

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6 commentaires sur “Le corps et l’esprit. L’approche globale !

  1. Christophe dit :

    L’essentiel quand on veut se mettre au service du bien être et du mieux être des autres, que l’on soit praticien reconnu de la médecine, que l’on pratique les médecines alternatives et autres médecines dites douces, qu’on soit relaxologue, thérapeute manuel, Eden Body praticien, esthéticien(ne), …, l’essentiel est que la motivation profonde qui nous anime soit celle de vouloir aimer son prochain au sens de lui faire du bien pour lui-même. Après peuvent toujours venir se greffer des considérations d’ordre philosophiques, spirituelles, matérielles, financières, marketing, en sachant qu’elle ne sont que secondaires, même si elles demeurent importantes à nos yeux parce qu’elles procèdent d’un système dans lequel nous sommes contraints de survivre socialement, économiquement, culturellement, spirituellement,….
    La seule Loi et seule Vérité qui compte vraiment c’est la loi universelle de l’Amour, toute le reste n’est qu’illusion, comédie, disputes et jalousies.

    • orthopedie dit :

      Combien d’holocaustes, de mensonges, de meurtres ont été faits au nom de l’Amour ? Le pire étant d’arracher (peu importe les moyens) le consentement de l’autre par « amour ». S’il suffisait d’aimer ! Tout nous démontre l’inverse. La volonté de montrer notre capacité à aimer nous pousse très souvent à objectaliser l’autre. S’il suffisait d’aimer. S’il suffisait d’avoir l’intention d’aimer… Alors on devrait tout tolérer, surtout dans notre culture. Quel thérapeute en biologie totale n’a pas l’intention d’aider et d’aimer ? Il n’empêche qu’il peut être un vecteur de mort. S’il suffisait d’aimer ! Non : cela ne suffit pas. Car il faut d’abord que le « thérapeute » se demande qui aime qui. Hors cette question point de soins sinon de l’ego du « thérapeute »

      • Christophe dit :

        Oui, je suis d’accord avec vous sur ce point : Le véritable Amour est celui qui se donne s’en en attendre le retour de manière conditionnelle. Amour dans l’ Humilité. L’Amour en tant que seule vraie vérité et seule vraie Loi qui vaille vraiment implique dans sa nature même et son principe cette notion d’humilité, de modestie, de respect et de liberté dans le regard porté sur l’autre. Si le thérapeute est mu par son orgueil et la volonté de satisfaire son ego, c’est lui qu’il aime, pas « l’autre », cela n’est pas l’Amour vrai, mais un ersatz, un succédané de l’Amour. Son action est vaine et ne vaut que pour lui-même et sa propre reconnaissance sociale, économique, culturelle,…Il passe à côté de sa mission…
        Le thérapeute doit accepter qu’il est seulement un instrument entre les mains de son receveur et qu’il lui doit tout et que son receveur ne lui doit rien. C’est aussi souvent pour cela, quand mon receveur, à la fin d’une séance me remercie pour le bien être qu’il a ressenti, je lui réponds « mais c’est moi qui vous remercie » parce que je termine une séance toujours en meilleur état de forme que quand j’ai commencé.

  2. Marie dit :

    Il était tellement plus rassurant de penser qu’une simple addition permettrait de tout expliquer. Les connaissances de l’homme évoluent à une vitesse exponentielle, mais ce développement des sciences va de pair avec la conscience de ce que nous ne maîtrisons pas. Vertigineuses abysses avec lesquelles il faut désormais composer, mais qui ont vite fait de donner le vertige. Le succès de ces pseudo-sciences n’est peut-être pas dû à un manque d’éducation ou à un manque de curiosité intellectuelle, mais plutôt au refus d’acceptation de notre incapacité à tout maitriser. Comme toutes les autres croyances, et c’est bien de cela dont il s’agit à mes yeux, elles donnent des réponses à ce que la démarche scientifique ne peut (encore) expliquer. Peu importe si elles sont fausses, elles sont ce que l’on attend d’elles : des réponses auxquelles s’accrocher.

    Est-ce bien vous qui demandez où se trouve la voie moyenne ? Vous qui soignez le corps et régalez l’esprit ?

  3. Charbel dit :

    Yvs….
    Tres interessant, laisser la vivre in peu son reve ….
    En plus s’est le marketing de nos jours c’ est ce que les patients aiment entendre malheureusement,,,,,,
    Cependant la teorie esprit – corps sans oublier l’ame aussi est a discuter mais pas dans ce context……..

  4. Merci Yves, très philosophiquement instructif.En plus ça m’a toujours « trotter » l’esprit cette relation patient-soignant.

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