Refonder la kinésithérapie ????

Il y a quelque temps j’avais commis un petit post que j’avais conclu en appelant à une « refondation » de la kinésithérapie. ICI

En fouillant le livre ci-dessous j’ai appris que l’histoire de la kinésithérapie fut assez houleuse.

J’adhère profondément aux conclusions des auteurs et je pense qu’il faut chercher de ce côté pour comprendre l’appétit des patients (et des kinés eux-mêmes) pour « la kinésiologie », « l’ostéopathie », « l’ostéopathie cranio-sacrée », « les fascias », « la micro-kinésithérapie »… Tendance compréhensible étant donné les aveuglements de la kinésithérapie elle-même !

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Plus sur le livre : ICI

Kinésithérapie (1847)

Pas de réel fondateur, terme créé en 1847 par le gymnaste suédois Carl Augustus Georgii.

À première vue, passer la kinésithérapie à la même moulinette que les autres thérapies choisies pour ce livre paraissait indispensable. Cela aurait permis à la fois de ne pas être taxé de partialité et, selon le résultat de nos recherches, d’envisager pour tous les kinés une reconversion professionnelle dans les plus brefs délais. Or, si cette démarche est simple et souhaitable d’un point de vue théorique, elle se révèle plus compliquée d’un point de vue pratique, car contrairement aux autres, la kinésithérapie ne repose pas (certains ironiseront « même pas ») sur une théorie unifiée, sur un principe de base que l’on pourrait discuter. Elle n’est pas un arbre touffu, enfonçant ses ramifications théoriques dans le sol, mais un assemblage de petits arbustes hétéroclites, et à ce titre, elle n’offre pas de prise à une critique systémique, comme les autres précitées qui, elles, se fondent sur un principe central.

D’ailleurs, à bien regarder, cette haie, ce boisseau d’arbustes est composé… d’invendus ! Nous avons commencé à le raconter au premier chapitre : il s’agit de pratiques, dont le massage thérapeutique et la gymnastique, que les autres disciplines reines, en particulier médicales, ne voulaient plus (cf. Introduction). Selon nos recherches, le terme kinésithérapie est apparu pour la première fois sous la plume du suédois Carl Augustus Georgii, enseignant d’escrime et élève du père fondateur de la gymnastique suédoise, Pehr Henrik Ling (1776-1839).

Dans un livre intitulé Kinésithérapie, ou Traitement des maladies par le mouvement selon la méthode de Ling (Georgii, 1847/1854), Georgii raconte l’héritage de celui qui, le premier, a associé des exercices physiques et des massages à des fins médicales. Une histoire raconte que Ling, diplômé de théologie de l’Université d’Uppsala en 1797, aurait formalisé les principes de sa méthode au retour d’un voyage lors duquel il rencontra un chinois dénommé Ming, expert en arts martiaux et en Tui na (un massage de la médecine traditionnelle chinoise basé sur les méridiens d’acupuncture), qui l’aurait formé aux techniques de massage. Nous épuisant en recherches sur le sujet, nous n’avons pu étayer cette anecdote qui a l’air cousue de fil blanc. Nous n’avons trouvé aucune trace d’une influence d’un Chinois quelconque dans les travaux de Ling en langue originale (par contre, l’histoire de Ming rencontrant Ling pullule sur Internet). Il semble bien plus probable qu’il ait été influencé dans le tournant du XIX° siècle par le danois Franz Nach Tegall, l’un des premiers théoriciens de l’éducation physique, ainsi que par des velléités nationalistes mystiques (Ling fit partie de la Götiska Förbundet, la confédération gothique, dont les valeurs s’ancraient sur la mythologie nordique).

C’est à Georgii, donc, qu’échut la charge de publier une recension de l’œuvre du fondateur de la gymnastique suédoise, popularisée ensuite sous le nom de kinésipathie, puis kinésithérapie. À peine plus tard, en France en 1853, paraissait Cinésiologie, ou Science du mouvement dans ses rapports avec l’éducation, l’hygiène et la thérapie ; études historiques, théoriques et pratiques, de Nicolas Dally, qui malgré sa qualité de grammairien, fut considéré longtemps comme l’inventeur de la kiné.

Coup de théâtre en 2003 : l’historien suédois Anders Ottoson exhume une autobiographie inconnue de Lars Gabriel Branting (1799-1862), probablement publiée en 1856, dans laquelle le terme kinedynamic est utilisé une fois, et kinesilogi deux. Branting y affirme avoir inventé ce terme en 1828 afin d’identifier la doctrine pour la classification des exercices de la gymnastique. Lors de l’apparition d’une version raccourcie de cette biographie dans le Swedish biographicaL lexicon de 1858-1859, le terme fut épelé comme kinesiology (avec 0). Chronologiquement, le kinesiology anglais avait déjà fait son apparition en 1854 dans le Biographical sketch ofthe Swedish poet and gymnasiarch Peter Henry Ling, publié par Georgii. Il semble donc que Georgii a bien lancé le terme cinésiologie et qu’il a identifié ce néologisme comme « un système de gymnastique rationnel qui comprend la cinésiologie complète, ainsi que les principes d’un développement minutieux et harmonique du corps humain ». Comme le conclut Ronald Renson, de Louvain, il faut supposer sans autres preuves à l’appui que Branting utilisait le terme suédois roreiselärä (science du mouvement) depuis 1828, qu’il a remplacé plus tard par le terme grec cinésiologie de Georgii. Tant mieux, au fond, car comme le montre Ottoson (2008), il semble que Branting, qui sera le père du Prix Nobel de la paix 1921 Hjalmar Branting, n’ait pas été le plus charmant des personnages, souhaitant avoir la mainmise sur toute la gymnastique suédoise de son temps, il écrasa les structures proches et torpilla le jeune et florissant institut orthopédique gymnastique de Nils Akermans.

Quoi qu’il en soit, les travaux de Ling servirent de base à de nombreuses techniques de massage et gymnastique thérapeutique, comme le massage suédois de Johann Georg Mezger (1838-1909), la mécanothérapie de Gustaf Jonas Wilhelm Zander (1835-1920), qui remplaçait les aides par des appareillages, ou le surprenant massage de l’amygdale (Roderbehandlung, ou traitement Röder, appelé parfois das Rodern) du neurologue Heinrich Röder (1866-1939), qui consiste à détoxifier l’organisme et stimuler l’auto-guérison en purgeant par massage et par crochetage des amygdales.

Il était donc prévisible que certaines des pratiques hétéroclites qui composent l’art kinésithérapeutique fassent sourire, à la longue, ou meurent de leur belle mort.

Mais il était évident que subsisteraient quelques trouvailles au milieu, comme les programmes de réadaptation des patients cardiaques ou de rééducation vestibulaire de patients vestibulo-lésés.

La kinésithérapie est une friche d’arbustes, en grande partie morts ou rachitiques, mais qui hébergent quelques belles pousses. Tout l’art consistera à ne pas perfuser des branches mortes, accepter de tailler comme on taille un beau rosier, et soigner les jeunes pousses.

Pages 88 à 91

Le CorteX est un collectif d’enseignement et de recherche en esprit critique et sciences. Il est né en 2010 à l’Université de Grenoble à l’initiative de cinq formateurs professionnels et a pour objectif de mettre à disposition les travaux de tous les acteurs – enseignants, chercheurs, étudiants – travaillant sur un sujet développant le critical thinking, l’esprit critique, quelle que soit leur origine disciplinaire.
Les membres du CorteX ne sont financés que par leurs enseignements et par leur salaire public (lorsqu’ils en ont un – c’est le cas de deux d’entre eux). Ils ne déclarent aucun conflit d’intérêts, et n’entretiennent aucun lien avec une source de financement industrielle ou privée. Quitte à ne pas être riches, ils ne souhaitent pas émousser le fil de leurs analyses et leurs productions.
Ils préfèrent contribuer à de la publication publique, et ne donnent pas la priorité à la course de hamster des publications dans les revues à referees.

 François Jacob (Prix Nobel de physiologie en 1965)

« On peut presque mesurer l’importance de l’intérêt d’une découverte à l’intensité de la surprise qu’elle provoque. »

« La plus grande découverte de ce siècle (le XXI°) de recherche et de sciences est probablement l’étendue de notre ignorance de la nature que, pour la première fois, nous pouvons contempler notre ignorance en face. »

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Toutes vos réactions et vos questions sont les bienvenues. Bien sûr !

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2 commentaires sur “Refonder la kinésithérapie ????

  1. brahim dit :

    bonjour Mr

    Je viens de tomber sur votre site, parce que j’ai une raideur au niveau de lepaule droite-nuque, qui revient frequemment, et je cherchai des solutions.
    Je fais des seances de kine a chaque fois que cette douleur revient, il est vrai que j’ai l’impression que le kine, tres sympathique d’ailleurs, essaie des choses differentes a chaques fois, mais vous pensez que ca ne sert a rien, que ce n’est qu’un placebo?

    merci
    cordialement

    • Bonsoir,
      Je ne sais pas ce que ce kiné fait… Cependant, si en Belgique nous avons 60 ans de retard (au niveau de l’enseignement officiel) par rapport à la révolution que le docteur Cyriax opéra, les Français risquent de stagner plus longtemps encore puisqu’ils reçoivent un diplôme de « masseur-kinésithérapie » et qu’il a été démontré que le massage n’a aucun effet thérapeutique et qu’il ne faut pas faire de formation spéciale pour faire du massage de « bien-être »… alors que les Scandinaves ont pris très tôt le chemin montré par le docteur James Cyriax.
      De plus, la question essentielle est de savoir quel est le tissu responsable de vos douleurs. Tant qu’on n’a pas posé (et testé) d’hypothèse, on ne peut pas savoir si vous avez besoin d’une kiné spécialisée (issue de la Médecine orthopédique selon Cyriax).

      Cordialement

      Yves

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