Notre plus grand ennemi (cpro)

Ce jeune ingénieur m’avait écrit :

En août 2009, alors que j’étais en train de travailler sur un ordinateur, j’ai ressenti une tension dans mes trapèzes, sans doute liée à une mauvaise posture prolongée. J’ai tiré sur mon rachis dans le but d’étirer mes trapèzes et pour la 1re fois j’ai entendu mes vertèbres cervicales craquer. C’est ainsi que mes problèmes ont commencé. Depuis ce jour, je tire régulièrement sur mon rachis pour soulager les douleurs, les contractures ainsi que les blocages que je ressens dans la zone cervicale. Mais le soulagement n’est que temporaire.
En avril 2011, mes contractures étaient telles que je ne parvenais plus à tourner la tête correctement. J’ai consulté un kinésithérapeute puis un ostéopathe, mais en vain. Quelques mois plus tard, par je ne sais pas quel miracle, j’ai enfin retrouvé la mobilité normale de mon cou.
En septembre 2011, à l’occasion de la reprise des cours à l’université, j’ai commencé à ressentir des microcraquements lors de la mobilisation du cou ainsi qu’une réelle instabilité cervicale. Depuis lors, ce phénomène n’a pas cessé d’évoluer et j’ai maintenant la sensation d’avoir abîmé mes vertèbres cervicales.
En septembre 2014, alors que je nageais en mer durant mes congés d’été, je me suis bloqué. Je ne pouvais plus bouger la tête, et ce durant 15 jours.
Aujourd’hui, je ressens des douleurs, essentiellement du côté gauche, irradiées au cou, entre les omoplates, parfois à l’épaule et au bras, plus rarement à la tête ainsi que derrière les yeux. J’ajoute que je suis très raide le matin au réveil lors de la mobilisation du cou et des épaules (clavicules qui craquent). Je suis amélioré lorsque je dors avec un deuxième oreiller. La douleur est devenue un fardeau lourd à porter qui affecte plusieurs aspects de ma vie. Je suis gêné dans l’accomplissement de mon travail. D’autre part, je ne peux plus pratiquer les activités sportives dans lesquelles je pouvais m’épanouir pleinement. Seuls les massages me soulagent, mais temporairement.
Par le passé, j’étais également amélioré par Myolastan (ou Tétrazepan). Radios et scanners montrent une arthrose, mais sans conflit avec le névraxe. Néanmoins, je n’ai aucune sensation de poussées inflammatoires telles que décrites dans les symptômes de l’arthrose. L’IRM montre une petite hernie discale cervicale en C4/C5.
Pour votre parfaite information, j’ai déjà essayé la kinésithérapie, la méthode Mackenzie, l’ostéopathie et l’acuponcture.
J’ai également été reçu par un rhumatologue qui a mis ça sur le compte du stress.

Puis il avait demandé à ce qu’on se voie et s’était présenté avec un grand sac rempli d’examens de toute sorte. Sans diagnostic, sans piste… Juste une conclusion d’un rhumatologue : « cela doit être le stress ».
Et nous avons passé un long moment ensemble afin de débrouiller la (les) causeS de ses douleurs…

Anamnèse (son histoire) :
2009 : début des douleurs
Tension trapèzes en travaillant sur l’ordinateur = étirement du cou + craquement.
Craquements provoqués soulagent toujours.
Ingénieur dans le bâtiment.
2011 : + de douleur en rotation cervicale gauche. Ostéo + kiné sans résultat.
Septembre 2011 : microcraquements + instabilité ressentie.
2014 septembre : blocage total du cou en nageant (pas de rotation).
À retenir : Accident de la route entre 12 et 14 ans.
Le patient décrit une douleur dans le bras : souffrance d’une racine : C6 ? C7 ?
Le patient me parle d’une protrusion discale C5/C6 latéralisée à gauche mise en évidence et d’une rigidité cervicale moyenne (à la radio).

Examen clinique :
— Épaules : sans particularité.
— Examen cervical : Léger schéma asymétrique (origine discale ?) de rotation facile à droite, mais le tableau est dominé par la perte de l’extension (séquelles de whiplash ?) + articulations cervicales gauches très enflammées (à la palpation).
Pas de trouble neurologique en particulier de C6 et C7 à l’examen clinique.

Traitement test :
— Techniques de traction  = un peu mieux (pas suffisant)
— Rotation sous traction selon le schéma observé = pas de changement
— 2 techniques de whiplash = mieux à l’examen clinique = qu’en dit le patient ?

Traction

Antéro-post

Vidéos ETGOM

Tout oriente donc vers une image mixte : disco-dure-mérienne (douleurs trapèzes… + racine C6 ou C7) + articulaires en souffrance : à gauche

Conclusions :
Séquelles probables de whiplash (atteinte discale + entorses cervicales).

La radiographie montre une rectitude de la colonne cervicale en C4/C5/C6 qui est la conséquence d’une contracture des muscles profonds, en réponse à un trouble discal (et/ou articulaire).
C’est une image typique d’une colonne cervicale qui souffre depuis longtemps et qui évolue (évoluera) vers l’arthrose. En réalité, la moelle « décide » d’immobiliser un segment pour contrôler la douleur au moment même (ou potentielle) et cette défense s’automatise, créant ainsi des appuis constants sur certaines zones articulaires et cela fait le lit de l’arthrose.

Le scanner montre une arthrose antérieure et postérieure (anormale pour l’âge), sur la partie basse du rachis cervical, prédominant en C4/C5, à gauche. C’est la conséquence mécanique de l’inversion de courbure constatée sur les radiographies.
Cette inversion de courbure est elle-même la conséquence de la tentative de contrôle de la moelle et du fait que le disque recule (et irrite les structures qui sont juste derrière : ligament et dure-mère qui sont très innervé alors que le disque, lui, ne l’est pas).

Enfin, l’IRM montre une protrusion discale en C4/C5. On peut facilement imaginer que c’est le résultat d’un whiplash (connu par l’anamnèse). Et cette protrusion provoque un phénomène inflammatoire important qu’aucun examen réalisé ne visualise, mais qui peut s’étendre avec le temps et, ainsi, « gagner » le (ou les) étageS supérieurS et inférieurS.

Les douleurs sont directement liées à un phénomène inflammatoire, dont le siège est connu contrairement à la conclusion du protocole (« découverte fortuite, pas de rapport avec la symptomatologie »). Cette inflammation peut être localisée dans l’espace épidural, au niveau des foramens du fait de la protrusion et de l’inflammation, et/ou au niveau des surfaces articulaires, du fait des contraintes anormales qui s’exercent sur les articulations postérieures.
Ces phénomènes sont cumulatifs, mais il faut les traiter séparément en respectant la règle de Cyriax : le disque d’abord.

Le traitement en Médecine Orthopédique Générale selon Cyriax pourrait être le suivant : recentrer le disque par des manipulations adaptées (si pas de contre-indications), puis décompresser les surfaces articulaires des vertèbres C4/C5/C6 par un traitement manuel très spécifique qui tente de « débrider » les tissus (surtout capsulaires) cervicaux afin de diminuer les pressions sur les articulations. Mais, souvent, il faut ensuite infiltrer une ou deux articulations qui « résistent ».

Il convient aussi de faire une cure d’anti-inflammatoires et d’antalgique par voie orale, pendant une à deux semaines si le traitement-test à visée discale a amélioré (ne fut-ce qu’un peu) la symptomatologie.

Il est aussi impératif d’arrêter d’étirer les muscles trapèzes qui ne souffrent d’aucune pathologie (qui sont plutôt les témoins des problèmes mécaniques profonds). Cependant, ne pas descendre les épaules ne veut pas dire les monter volontairement (plutôt toujours chercher les appuis des coudes pour soutenir [passivement] les épaules).
De plus, toute tentative pour détendre les muscles se soldera par un échec (ex. : Myolastan), car les muscles ne sont que des témoins, des victimes et, de plus, on peut dire qu’ils « protègent » le (les) segmentS qui souffreNT.

Donc :
— On pourrait mettre en place une stratégie de traitement en utilisant plusieurs outils (techniques manuelles, infiltrations, anti-inflammatoires par voie orale, conseils de prévention par rapport à la pathologie et à la vie quotidienne [position assise en particulier])
— Le stress ne constitue aucunement une explication
— Ce patient n’a pas été bien entendu par les différents intervenants du corps médical
— Ce patient n’avait jamais été testé complètement et systématiquement.
— De plus, on comprend tout de suite qu’« on » ne savait pas ce qu’il fallait chercher puisque beaucoup d’examens ont été réalisés (par exemple : radio en TOTALITÉ, épaule droite face profil, pied en charge face profil).

Et, pour le malheur de ce patient, il faut ajouter des conclusions inquiétantes (au niveau de la compétence anatomique) de certains radiologues.
qui cherchent par exemple une pathologie du psoas au niveau cervical ou qui trouvent une rectitude lombaire au niveau cervical)…

Le psoas : muscle de la flexion de la cuisse sur le bassin

Le psoas

Pas d’anomalie au niveau du psoas (dit le radiologue)

Psoas cervical

+ Radio en TOTALITÉ, épaule droite face profil, pied en charge face profil… Pas de renseignement clinique (autrement dit : « on » ne sait pas ce qu’« on » cherche, « on » n’a fait aucune hypothèse, « on » veut juste « voir »)
Capture d’écran 2015-11-12 à 17.10.28
qui voient une « perte de la lordose lombaire »…, au niveau cervical !!!
Lordose lombaire au niveau cervical
Les deux lordoses

Ce monsieur était arrivé avec ses plaintes et une valise remplie d’examens techniques…, que la Sécurité sociale (càd nous) paye. Il n’avait aucune piste diagnostique, aucune piste thérapeutique et avait été invité à envisager que ses douleurs puissent être en rapport avec son stress !!!
Mais ne le serait-on pas tous [stressé] en souffrant depuis si longtemps sans prise en charge consistante ? C’est la question de l’œuf et de la poule. et c’est ce stress si souvent évoqué devant des tableaux complexes qui expliquent sans doute ce chiffre affolant : 940 000 douloureux chroniques en Belgique.

De plus, alors qu’une anamnèse bien menée et un examen clinique consciencieux auraient permis de poser des hypothèses discales, le radiologue (évoluant à l’aveugle d’un point de vue diagnostic) considère que le trouble discal mis en évidence est de découverte fortuite, sans rapport avec la symptomatologie… Il y a de quoi être « stressé », n’est-il pas ?

IRM médulaire hernie

Car un trouble discal cervical peut donner :

Des douleurs superficielles (appelées aussi « extra-segmentaires »)

extrasegmentaire cervical

Des douleurs superficielles +des contractures + points exquis de douleur

douleurs ES + points excquis

Des douleurs en rapport avec la souffrance d’un ou plusieurs nerfs

NCB C6:C7

Ou un tableau où les différentes douleurs se superposent.

C7 + extra-duremérien - copie

Je termine…
Jusqu’à preuve du contraire, ce monsieur présentait un certain nombre d’arguments concordants à l’anamnèse (son histoire), à l’examen clinique (réalisé au cabinet) et à plusieurs examens techniques, mais faute de prise en charge consistante on lui asséna que la hernie était de découverte fortuite et qu’il devrait veiller à la gestion de son stress !!!

Vous pouvez m’interpeler, j’essaierai de répondre !

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Un commentaire sur “Notre plus grand ennemi (cpro)

  1. Ben dit :

    Incroyable, je suis en train de vivre ce que ce monsieur a vécu. Les mêmes symptômes et maux, des dizaines de médecins et spécialistes vus. Au final je n’ai aucune solution et aides efficaces à mon problème, juste un rhumatologue qui m’a dit « vous êtes jeune ça va se remettre tout seul » sans mosculter (si je pouvais l’étrangler celui là!)… j’ai une hernie en c5 c6 et de l’arthrose, j’ai 33 ans, je commence à desesperer. Merci pr votre site

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