La kinésithérapie bâtie sur du sable par du vent !

Cette vérité est tue… Personne n’ose en parler depuis plus de 60 ans !
Et les kinésithérapeutes (du moins en orthopédie) souffrent.
Ils souffrent, comme les patients, de ce silence assourdissant,
de cette chape de plomb, de cette omerta honteuse !

Friedrich Nietzsche. Se taire

Est-ce la fin de la kiné ?
Fréquentation accrue de thérapeutes alternatifs, refus récurrents des parcours classiques de soin… Très peu de gens, même parmi les professionnels, connaissent ce qui différencie kiné, ostéo, chiro, kinésio, rebouteux ou encore magnétiseur.
Et vous ? À qui allez-vous confier votre corps ?
D’un côté, le monde du bien-être, où se mêlent massage et coaching thérapeutique. De l’autre, des techniques manuelles douteuses, certaines pouvant être dangereuses. Au milieu, le kinésithérapeute : secoué par les modes, bousculé par la logique marchande, submergé par le marketing agressif, il tente comme il le peut de faire de son domaine une vraie discipline, aux outils fiables, à l’éthique solide.
Dans un contexte de scandales sanitaires, de contestation de la médecine classique et du système hospitalier, face aux dérives thérapeutiques parfois sectaires, à la « mercantilisation » du soin, au non-respect éthique et à la désinformation du patient, Nicolas Pinsault et Richard Monvoisin tentent de définir ce que doit être une bonne pratique soignante.
Ce livre unique en son genre s’adresse non seulement à tous les professionnels de santé, mais aussi à tous les patients avertis qui veulent faire la différence entre science et pseudo-science. Les étudiants kinésithérapeutes trouveront également dans cet ouvrage tous les outils méthodologiques nécessaires pour forger une réelle épistémologie de leur profession, loin du prêt-à-penser.
Extraits de tout ce que vous n’avez jamais voulu savoir sur les thérapies manuelles Pages 88-89-90

Kinésithérapie (1847). Pas de réel fondateur. Terme créé en 1847 par le gymnaste suédois Carl Augustus Georgii.
À première vue, passer la kinésithérapie à la même moulinette que les autres thérapies choisies pour ce livre paraissait indispensable. Cela aurait permis à la fois de ne pas être taxé de partialité et, selon le résultat de nos recherches, d’envisager pour tous les kinés une reconversion professionnelle dans les plus brefs délais. Or, si cette démarche est simple et souhaitable d’un point de vue théorique, elle se révèle plus compliquée d’un point de vue pratique, car contrairement aux autres, la kinésithérapie ne repose pas (certains ironiseront « même pas ») sur une théorie unifiée, sur un principe de base que l’on pourrait discuter. Elle n’est pas un arbre touffu, enfonçant ses ramifications théoriques dans le sol, mais un assemblage de petits arbustes hétéroclites, et à ce titre, elle n’offre pas de prise à une critique systémique, comme les autres précitées qui, elles, se fondent sur un principe central.
D’ailleurs, à bien regarder, cette haie, ce boisseau d’arbustes est composé… d’invendus !

Nous avons commencé à le raconter au premier chapitre : il s’agit de pratiques, dont le massage thérapeutique et la gymnastique, que les autres disciplines reines, en particulier médicales, ne voulaient plus. Selon nos recherches, le terme kinésithérapie est apparu pour la première fois sous la plume du suédois Carl Augustus Georgii, enseignant d’escrime et élève du père fondateur de la gymnastique suédoise, Pehr Henrik Ling (1776-1839).

Dans un livre intitulé Kinésithérapie, ou Traitement des maladies par le mouvement selon la méthode de Ling (Georgii, 1847/1854), Georgii raconte l’héritage de celui qui, le premier, a associé des exercices physiques et des massages à des fins médicales. Une histoire raconte que Ling, diplômé de théologie de l’Université d’Uppsala en 1797, aurait formalisé les principes de sa méthode au retour d’un voyage lors duquel il rencontra un chinois dénommé Ming, expert en arts martiaux et en Tui na (un massage de la médecine traditionnelle chinoise basé sur les méridiens d’acupuncture), qui l’aurait formé aux techniques de massage. Nous épuisant en recherches sur le sujet, nous n’avons pu étayer cette anecdote qui a l’air cousue de fil blanc. Nous n’avons trouvé aucune trace d’une influence d’un Chinois quelconque dans les travaux de Ling en langue originale (par contre, l’histoire de Ming rencontrant Ling pullule sur Internet). Il semble bien plus probable qu’il ait été influencé dans le tournant du XIX° siècle par le danois Franz Nach Tegall, l’un des premiers théoriciens de l’éducation physique, ainsi que par des velléités nationalistes mystiques (Ling fit partie de la Götiska Förbundet, la confédération gothique, dont les valeurs s’ancraient sur la mythologie nordique).

C’est à Georgii, donc, qu’échut la charge de publier une recension de l’œuvre du fondateur de la gymnastique suédoise, popularisée ensuite sous le nom de kinésipathie, puis kinésithérapie. À peine plus tard, en France en 1853, paraissait Cinésiologie, ou Science du mouvement dans ses rapports avec l’éducation, l’hygiène et la thérapie ; études historiques, théoriques et pratiques, de Nicolas Dally, qui malgré sa qualité de grammairien, fut considéré longtemps comme l’inventeur de la kiné.

Coup de théâtre en 2003 : l’historien suédois Anders Ottoson exhume une autobiographie inconnue de Lars Gabriel Branting (1799-1862), probablement publiée en 1856, dans laquelle le terme kinedynamic est utilisé une fois, et kinesilogi deux. Branting y affirme avoir inventé ce terme en 1828 afin d’identifier la doctrine pour la classification des exercices de la gymnastique. Lors de l’apparition d’une version raccourcie de cette biographie dans le Swedish biographicaL lexicon de 1858-1859, le terme fut épelé comme kinesiology (avec 0). Chronologiquement, le kinesiology anglais avait déjà fait son apparition en 1854 dans le Biographical sketch of the Swedish poet and gymnasiarch Peter Henry Ling, publié par Georgii. Il semble donc que Georgii a bien lancé le terme cinésiologie et qu’il a identifié ce néologisme comme « un système de gymnastique rationnel qui comprend la cinésiologie complète, ainsi que les principes d’un développement minutieux et harmonique du corps humain ». Comme le conclut Ronald Renson, de Louvain, il faut supposer sans autres preuves à l’appui que Branting utilisait le terme suédois roreiselärä (science du mouvement) depuis 1828, qu’il a remplacé plus tard par le terme grec cinésiologie de Georgii. Tant mieux, au fond, car comme le montre Ottoson (2008), il semble que Branting, qui sera le père du Prix Nobel de la paix 1921 Hjalmar Branting, n’ait pas été le plus charmant des personnages, souhaitant avoir la mainmise sur toute la gymnastique suédoise de son temps, il écrasa les structures proches et torpilla le jeune et florissant institut orthopédique gymnastique de Nils Akermans.

Quoi qu’il en soit, les travaux de Ling servirent de base à de nombreuses techniques de massage et gymnastique thérapeutique, comme le massage Capture d’écran 2016-01-15 à 23.57.02suédois de Johann Georg Mezger (1838-1909), la mécanothérapie de Gustaf Jonas Wilhelm Zander (1835-1920), qui remplaçait les aides par des appareillages,
ou le surprenant massage de l’amygdale (Roderbehandlung, ou traitement Röder, appelé parfois das Rodern) du neurologue Heinrich Röder (1866-1939), qui consiste à détoxifier l’organisme et stimuler l’auto-guérison en purgeant par massage et par crochetage les amygdales.

Il était donc prévisible que certaines des pratiques hétéroclites qui composent l’art kinésithérapeutique fassent sourire, à la longue, ou meurent de leur belle mort. Mais il était évident que subsisteraient quelques trouvailles au milieu, comme les programmes de réadaptation des patients cardiaques ou de rééducation vestibulaire de patients vestibulo-lésés.
La kinésithérapie est une friche d’arbustes, en grande partie morts ou rachitiques, mais qui hébergent quelques belles pousses.

Tout l’art consistera à ne pas perfuser des branches mortes, accepter de tailler comme on taille un beau rosier, et soigner les jeunes pousses.
Nicolas Pinsault et Richard Monvoisin

Remarque :
Les fantaisies « intellectuelles » qui ont fondé la kinésithérapie nous sont venues du nord de l’Europe (Suède, Danemark) et la mécanothérapie est encore enseignée dans les pays francophones… comme le massage et autres divertissements. Pendant ce temps, dans les pays du Nord la Médecine Orthopédique se développe paisiblement sur les traces de son fondateur James Cyriax.

Capture d’écran 2016-01-16 à 05.58.02Une table spécialement conçue pour la pratique de la Médecine Orthopédique (pour les médecins et les kinésithérapeutes) a même été développée en Suède…

Capture d’écran 2016-01-16 à 06.25.12

« On peut presque mesurer l’importance de l’intérêt d’une découverte à l’intensité de la surprise qu’elle provoque. »

« La plus grande découverte de ce siècle (le XXI°) de recherche et de sciences est probablement l’étendue de notre ignorance de la nature que, pour la première fois, nous pouvons contempler notre ignorance en face. » disait François Jacob (Prix Nobel de physiologie en 1965)

Capture d’écran 2014-09-14 à 12.56.36Toutes vos réactions et vos questions sont les bienvenues.

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Un commentaire sur “La kinésithérapie bâtie sur du sable par du vent !

  1. NIBIGIRA dit :

    Merci Yves de cette histoire de la kinésithérapie .Et je voudrais savoir si la table de la médecine orthopédique générale nouvellement inventée est déjà commercialisable.MRCI .

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