Suggérer pour résister

Ceux qui me lisent parfois ont deviné que je tente, le plus possible, de me placer du côté de la résistance, particulièrement en ces temps de confusion généralisée.
Je dois cette volonté et cette nécessité de réflexion (petit clin d’œil à la dernière interview de Camus) au « bon maître », résistant à sa façon, qui confessait souvent qu’il préférait suggérer que dire.
Aux environs du 16 juillet 1963, Brassens nota dans un de ses petits cahiers d’écolier :
Que la campagne serait belle le dimanche
S’il n’y avait pas de pendus aux branches

Capture d’écran 2015-10-28 à 14.00.52

Dans le livre « Georges Brassens – Journal et autres carnets inédits », Jean-Paul Liégeois note :
Dans les États du sud des États-Unis, après l’abolition de l’esclavage, on a continué à lyncher les Noirs et à les pendre aux arbres. Ces crimes raciaux répétés ont inspiré à Lewis Allan une chanson poignante, Strange Fruit (Fruit étrange), que Billie Holliday a ajouté à ses chants d’amour à partir de 1939.

Rare Live Footage of one of the first anti rascism songs ever.
STRANGE FRUIT (ÉTRANGE FRUIT)
Version originale du poème d’Abel Meeropol (publié en 1937)

Southern trees bear a strange fruit,
Blood on the leaves and blood at the root,
Black body swinging in the southern breeze,
Strange fruit hanging from the poplar trees.

Les arbres du Sud produisent un étrange fruit,
Du sang sur les feuilles et du sang aux racines,
Corps noir se balançant dans la brise du Sud,
Étrange fruit pendant des peupliers.

Pastoral scene of the gallant south,
The bulging eyes and the twisted mouth,
Scent of magnolia sweet and fresh,
And the sudden smell of burning flesh!

Scène pastorale du vaillant Sud,
Les yeux exorbités et la bouche tordue,
Le parfum du magnolia doux et frais,
Et l’odeur soudaine de chair qui brûle !

Here is a fruit for the crows to pluck,
For the rain to gather, for the wind to suck,
For the sun to rot, for a tree to drop,
Here is a strange and bitter crop.

C’est un fruit que les corbeaux cueillent,
Que la pluie rassemble, que le vent suce,
Que le soleil pourrit, qu’un arbre fait tomber.
C’est une étrange et amère récolte.

Georges Brassens connaissait sans doute « Strange fruit » et l’interprétation de Billie Holliday comme tout passionné de Jazz de l’époque. (Jean-Paul Liégeois)

CCF24022006_00003 - copie
Et en 1960, il  enregistre Le verger du roi Louis, un poème de Théodore de Banville (poème en réalité appelé la Ballade des Pendus) (Jean-Paul Liégeois)
La forêt où s’éveille Flore,
A des chapelets de pendus
Que le matin caresse et dore.
Ce bois sombre, où le chêne arbore
Des grappes de fruits inouïs

A écouter aussi par Joël Favreau (la fameuse deuxième guitare de Brassens) à Beyrouth en 2007

Sans oublier – autre réminiscence possible – La ballade des pendus de François Villon, un des poètes préférés de Brassens (Jean-Paul Liégeois)
Capture d’écran 2015-10-27 à 15.10.27

FRANÇOIS VILLON
(approximativement 1431-1463)
L’ÉPITAPHE DE VILLON
ou BALLADE DES PENDUS

Frères humains, qui après nous vivez,
N’ayez les cœurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s’en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Se frères vous clamons, pas n’en devez
Avoir dédain, quoique fûmes occis
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n’ont pas bon sens rassis.
Excusez-nous, puisque sommes transis,
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l’infernale foudre.
Nous sommes morts, âme ne nous harie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

La pluie nous a débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis.
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetés d’oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Envoi
Prince Jésus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu’Enfer n’ait de nous seigneurie :
A lui n’ayons que faire ne que soudre.
Hommes, ici n’a point de moquerie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Mais que font donc ici ces réflexions, ces poèmes, ces chants, ces volontés ?
Besoin profond de ma part de résister plus et mieux, sans doute…
De résister aux idioties
qui circulent par exemple sur le net (récemment : Dans la mythologie de la Mésopotamie [l’actuel Irak], le niqab ou burqa est porté par les femmes qui veulent honorer la déesse de l’amour public, Astarté ou Ashtart. Celle-ci, pour être bien honorée par les femmes, oblige celles-ci à se prostituer une fois l’an, dans les bois sacrés qui entourant son temple.Pour ne pas être reconnues quand elles allaient s’offrir à des inconnus de passage, les femmes de la haute société mésopotamienne prirent l’habitude des se voiler totalement. [Voir : ICI])
De résister à celles
qui concernent vos douleurs comme la kinésiologie qui reste malheureusement très à la mode… Peut-être parce que la médecine actuelle « croit » trop dans la possibilité que les images (issues des examens techniques) donneraient toutes les clefs de compréhension des troubles musculo-squelettiques et que l’examen clinique (+ anamnèse…) serait un peu « dépassé »…

Je résiste, donc nous sommes. A. Camus

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre ! F. Villon

YS

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