La douleur des kinésithérapeutes

C’est un sujet tabou : les kinésithérapeutes souffrent…
Quelques réflexions et quelques faits !

De 1970 à 1981, le nombre des kinés a triplé (de 685 à 1970) pendant que les médecins augmentaient leurs effectifs de 1,7 et les dentistes étaient deux fois plus nombreux.
En 1986, la population belge permettait à environ 8000 kinés de vivre décemment.

Or il y en avait 17 000 avec une augmentation de plus de 2500 par an.

En 2020, la Belgique compte plus de 35 000 kinés !!!

Il y a donc pléthore de kinésithérapeutes et ceux-ci ne sont pas mieux formés que lorsque j’ai obtenu mon diplôme : en 1981. Ceci est très dommage puisque toutes les études européennes soulignent l’importance de la place des kinés, notamment, dans une politique de prévention (douleurs, chutes…) et plusieurs ministres, depuis 1981, l’ont souligné et ont assuré que la kinésithérapie devrait être valorisée, pour le bien de tous… et de la sécurité sociale. Mais force est de constater que nous en sommes encore au stade des bonnes intentions.
En 2013, on dénombrait 940 000 douloureux chroniques en Belgique… « On » avait l’intention de créer 26 centres supplémentaires d’« algologie ».

D’après un article de Fréderic Soumois de 2009 (Le Soir), la Work Foundation s’inquiètait de ce que les TMS (troubles musculo squelettiques) coûtent 1,6 milliard d’euros par an

En 2002, le ministre de la Santé (Frank Vandenbroucke pour ne pas le citer) a décidé, en se levant le matin, de diminuer le nombre de séances de kiné par patient en passant de 60 à 9 (toutes pathologies confondues)…
Je ne donnerai pas, ici, tous les détails du séisme que cela a provoqué… 17 suicides de kinés suffisent à en donner une idée.
En 2004, un autre ministre s’est étonné de cette situation et, sans réfléchir plus que le ministre précédent, celui-là a doublé le nombre de séances : 18.
En 2006, sous la pression des associations professionnelles, les kinés ont obtenu la possibilité de réaliser 18 séances par an et par pathologie – moyennant un dossier introduit auprès du médecin-conseil (qui, soit dit en passant, accorde ou pas son autorisation selon son bon vouloir et non sur des critères établis et transparents).

Malheureusement, sans doute parce que la décision de 2002 a correspondu à la mise en place de surveillance des médecins et leur informatisation, la plupart des médecins prescrivent encore aujourd’hui presque systématiquement 9 séances… parfois pour plusieurs pathologies en même temps !!!

En plus de cette misère, il faut savoir que la plupart des prescriptions ne s’accompagnent d’aucun dossier et qu’elles sont toujours aussi floues (c’est un euphémisme) qu’en 1981… les médecins prescrivent de la kiné pour cervicalgies, lombalgies, fessalgie, scapulagie. Mais ces termes ne correspondent, évidemment, absolument pas à des diagnostics médicaux… ils transforment juste la description que fait le patient de sa douleur en des termes pseudo-médicaux.

Je pratique la Médecine Orthopédique depuis près de 25 ans et ni la formation des kinés ni leur intégration décente dans le système des soins de santé n’a changé.
Pire : récemment, j’ai eu la chance de discuter avec un éminent chirurgien (professeur à l’université par ailleurs) et nous avons évoqué tous ces problèmes.
Voilà ce qu’il m’a révélé : actuellement, l’enseignement universitaire en faculté de médecine consacre 15 heures à : l’orthopédie générale (vos douleurs qui ne seront pas aidées par la chirurgie) + la chirurgie orthopédique + l’orthopédie pédiatrique.

Ne vous étonnez donc pas si vous avez l’impression d’être abandonné… c’est un fait ! Les kinésithérapeutes le sont aussi, contrairement à leurs confrères en Scandinavie.

À quand un grand coup de gueule de la part des kinés et des patients ? À quand un grand coup de balai dans ce système absurde ?

Au plaisir de réagir à vos questions,

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